lundi 20 octobre 2008

Stella



C'est le choc des cultures. Celle des années 1970, qui se confronte à la nôtre. Mais aussi celle d'une petite fille élevée dans un café populaire, qui se retrouve dans un collège huppé. Ses parents servent des jaunes à des habitués, qui s'accoudent au jukebox pour entendre la menthe à l'eau.

Ce film a été fait avec peu de moyen, alors on a reconstitué une France de Giscard en intérieur. Les vinyls trainent partout, on s'enfume, on voit Thierry Neuvic se prendre pour Eddy Mitchell, Biolay laisse échapper son couple pendant un match des Verts, Guillaume Depardieu en vieille canaille des comptoirs propose un flip' à Stella... Voici comment Sylvie Verheyde nous (re)plonge dans cette époque.

Stella ne rentrera pas ce soir et découvre la famille de sa nouvelle copine. On n'y parle pas de Rocheteau, mais de Cocteau. Leur préoccupation n'est pas l'alcoolisme, mais le socialisme. Quand elle retourne au café, elle retrouve ses parents largués, qui la laissent seule face à ses problèmes. Alors elle va devoir se battre, au propre comme au figuré, afin de s'imposer, à l'école comme à la maison.

Sylvie Verheyde n'est pas rancunière, car Stella, c'est son histoire. Et en racontant cette jeunesse douloureuse avec une douce mélancolie, elle signe une belle histoire d'enfance, dans cette Histoire de France.

Gladys, l'amie de Stella, pense que cette famille est "très romanesque et très française"... Il paraît que la vérité sort de la bouche des enfants, alors voici qui résume bien le film !

"Stella", un film de Sylvie Verheyde, sortie le 12 novembre 2008.

jeudi 18 septembre 2008

Premières Neiges



Cette fois, c'est la rentrée pour de bon. Les salles de projection se re-remplissent, on est à nouveau assiégé de mails par le redac' chef et on va voir des films bosniaques bien sérieux.
Oui, mais pas n'importe lesquels, car "Premières Neiges" a reçu le Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes. Un joli coup de pouce pour ce premier long-métrage au sujet pas forcément évident au premier abord. A savoir le destin d'un groupe de femmes, seules survivantes d'un petit village dévasté lors du conflit bosniaque, en 1997.
Un film où dès le premier plan, tout est dit. Le malaise, le décalage entre l'insouciance des enfants et la souffrance des adultes, aux blessures mal refermé. Pourtant elles essayent, ces femmes. Certaines travaillent dur pour reconstruire ce qui a été détruit, d'autres préfèrent rêver à des jours meilleurs. Elles essayent de faire vivre ce village, de redonner le sourire aux enfants ; un peu de musique, quelques jeux, en attendant, en espérant.
L'espoir, moteur de ce film. Celui de la réalisatrice, Aïda Begic, qui croit en ces gens, qui les protège de la douleur en les filmant avec tendresse, paisiblement.
Que de tristesse me direz vous ? Il y a pourtant quelque chose de gai qui ressort de ce film. Car elle met de la couleur dans ce quotidien qu'elle filme de manière sensorielle, presque sensuelle. On sent la caresse du vent qui soulève le voile d'Alma, le personnage principal. On respire l'odeur du "besti" ou du "hajvar", les confitures que ces femmes fabriquent et qu'elles échangent contre quelques cigarettes ou un peu de maquillage, en attendant mieux.
Très vite, j'ai eu envie de comparer Aïda Begic à Sofia Coppola, une comparaison improbable me direz vous ? Pourtant ces femmes qui doutent ressemblent aux héroïnes de l'icône branchée du cinéma, perdues dans leur environnement, leur époque. Elles n'ont pas eu a affronter les mêmes horreurs me répondrez vous.
Certainement, mais ces deux femmes ont toutes les deux de la grâce dans le regard.
"Premières Neiges", un film d'Aïda Begic, sortie le 8 octobre 2008.

mercredi 3 septembre 2008

la possibilité d'un film ?


Sortez les tambours et les trompettes ! L'événement de la rentrée est parmis nous : Michel Houellebecq fait du cinéma ! Il a en effet décidé de porter lui même à l'écran son roman "la possibilité d'une île"... J'entends déjà l'inquiétude des uns et l'impatience des autres : comment est Magimel ? qu'est-ce que cela donne visuellement ?? Ressent-on la patte Houellebecq ???

Vous l'aurez compris, je suis plutôt fan de l'écrivain et c'est donc avec beaucoup d'excitation que j'attendais cette adaptation.... Ce qui n'a fait qu'augmenter ma déception !

Car autant être franc : non, le film n'est pas à la hauteur des espérances qu'il pouvait succiter. Il n'apporte rien au livre (au contraire) et réduit considérablement sa portée. Surtout la partie sociologique (l'étude des relations humaines, de leur frustration, leur déchéance...), qui est quand même centrale dans son oeuvre, n'est ici que très peu abordée.

Il préfère concentrer son récit sur l'errance solitaire et poétique du clone de Daniel, à la recherche de ses semblables. Alors on voit Benoit Magimel (qui décidement m'épate par ses choix de film !) marcher dans le désert accompagné de son chien, avec de temps en temps une voix-off explicative et une musique grandiloquente... Vous me direz, pour faire ça était-ce vraiment la peine de réaliser un film ?

Et en effet, plus le film avance et plus on se pose la question. Car une fois passée les premières minutes d'admiration enfantine ("wouah tu te rends compte, c'est Houellebecq qui filme !"), on se dit que cette adaptation est plus un gadget qu'autre chose.
Un gadget qui permet toutefois aux fans de l'écrivain d'aller à sa rencontre, à ceux qui le déteste d'aiguiser leur couteau et au principal intéressé d'ajouter la mention réalisateur à sa carte de visite...

Mouais, j'aurai préféré un livre.

"La possibilité d'une île", de Michel Houellebecq, sortie le 10 septembre 2008.

mercredi 4 juin 2008

L'amour en Suède


Premier film réalisé par Roy Andersson, il y a presque quarante ans, "A Swedish Love Story" sort pour la première fois sur les écrans français.

Nous sommes en 1969, dans la campagne suédoise. C'est l'été, les filles portent des juppes et les garçons la cravate. Ils ont la chevelure blonde et les yeux bleus qui brillent à la lumière blanche du soleil. Puis la lumière passe au rouge, lorsque les vinyles crépitent dans un garage, à l'heure de la boum. Ils sont jeunes, ils sont imberbes, mais elles se maquillent, comme des femmes et ils fument, comme des hommes.

La caméra s'attarde sur les jambes des jeunes filles, tout comme le regard de Pär. Il n'est pas question ici du genou de Claire, mais de celui de la belle Annica (jouée par Ann-Sofie Kylin); au visage si bouleversant de pureté et d'expressivité, que tous les bonheurs et tous les malheurs du monde semblent s'y trouver.

Car dans ce film au silence de cathédrale (les acteurs y chuchotent), où les seuls passages bruyants sont dûs aux moteurs diesels, des breaks Volvo et aux adultes qui expriment leurs douleurs, l'histoire d'amour de ces deux adolescents est une bulle qui les protègent du mal-être extérieur. En effet, chez les adultes l'humeur n'est pas à douceur. Certains ont des problèmes d'argent, d'autres de solitudes, mais tous sont mélancoliques.

La musique, elle, rajoute de l'universalité à cette histoire suédoise, entre grâce et gravité.

Elle pleure, un chewing-gum à la bouche, son make-up coule et l'attend comme si sa vie en dépendait. Il arrive, chevauchant sa moto, avec son cuir et sa fureur de vivre.

C'est beau, c'est délicat, c'est suédois.


"A Sweedish Love Story", de Roy Andersson, sortie le 4 juin 2008.

lundi 26 mai 2008

7 jours à cannes


Ca y est, c'est terminé! Hier s'est achevé le 61e festival de Cannes avec la cérémonie de cloture et la remise des récompenses. La France est à l'honneur de ce palmares avec notamment la palme d'or qui est revenue, à la surprise générale, au film de Laurent Cantet "Entre les murs".

J'ai vécu le festival de Cannes pour la première fois et ce pendant septs jours, du 14 au 21 Mai. Septs jours d'intense émotion, de magie et de frustrations, de pluie et de beau temps. Bref, une semaine en immersion totale dans le petit monde du cinéma.

Le festival, ne débute pas sur la Croisette, mais dans le train. Cinq heures de trajet, pour se mettre dans l'ambiance. Car en ce mercredi 14 Mai, un seul sujet de conversation était admis dans le TGV Paris-Cannes : le cinéma. Il suffisait de se rendre au wagon-bar pour s'en rendre compte. Dans la file d'attente un journaliste d'Europe1 prenait rendez-vous pour une interview devant moi, alors que derrière se trouvait une brésilienne qui a produit le film surprenant qui fera l'ouverture du festival, "Blindness".

Ce qui frappe le plus, une fois arrivé à Cannes c'est de voir le nombre de nationalités représentées parmi les journalistes. Mais cela ne fait rien si tout le monde ne parle pas la même langue, car sur toutes les lèvres il n'y a qu'un seul sujet : le cinéma, toujours le cinéma! Et il en sera ainsi pendant toute la durée du festival ou la croisette vie quasiment en autarcie. Car si tous les regards sont tournés vers elle, ce qui se passent ailleurs n'a plus guère d'importance. Comme le dirait François Truffaut, "le cinéma régne".

Pendant une semaine, j'ai pu assisté à une quinzaine de projections et à de grands moments de cinéma. Très tôt d'ailleurs, car dès jeudi, le film choc de la sélection était projeté: "Hunger" de Steve McQuenn (caméra d'or). Un film traitant, sans concession, de la détention des membres de l'IRA en Irlande du Nord, dans des conditions abominables. Un premier film d'une radicalité impressionnante, dans la mise en scène de la violence physique et psychologique.

Il y a eu d'autres grands moment, comme l'hommage rendu au cinéaste centenaire Manuel de Oliveira, en présence de Michel Piccoli, Sean Penn et Clint Eastwood. Ou la présentation du nouveau film de Marco Tullio Giordana, "Une histoire italienne", qui signe une nouvelle fois une oeuvre au souffle historique et intime. Toute l'équipe était présente et a eu droit à une standing ovation enflammée (voir la photo)! Au regard de l'affluence devant les marches de la salle Debussy, on peut dire que le public attendait ce film, il fallait en effet compter plus de deux heures et demi d'attente pour les "pass-cinéphile". La présence de Monica Bellucci dans l'assemblée devait y être pour quelque chose...


Le Festival de Cannes c'est aussi l'occasion de croiser les gens qui nous font rêver. C'est voir Michel Gondry courrir comme un personnage de cartoon jusqu'à son taxi . C'est danser sur la même piste que Lambert Wilson, c'est regarder un film assis à quelques mètres de Maradona, c'est interviewer Emmanuel Mouret tout en devinant la silhouette de Nathalie Baye à quelques mètres de là. C'est surprendre Woody Allen émerveillé par l'affiche qui annonce le retour de Jean Paul Belmondo au cinéma. C'est avoir la chance de féliciter la délicieuse Martina Glusman ("Leonera") ou de débattre avec James Toback sur le remake que Jacques Audiard a fait de son "fingers".
Je pourrai également citer Jean Paul Rouve, Claude Lelouch, Denis Hopper, Adrian Brody, Jean Pierre Daroussin ou encore Melvil Poupaud.
Mais je préfère m'attarder sur une petite anecdote très révélatrice de l'esprit cannois. Vendredi 16 Mai était présenté "Tyson" dans la sélection "Un certain regard". Après sa projection deux personnes s'attardent en bas des marches, il s'agit des réalisateurs Fatih Akin et James Toback. En pleine discussion, ils voient s'avancer vers eux une bande de jeunes gens qui jouent aux stars en bas des marches. Et ils se prennent en photo, ignorant que les deux personnes situées au second plan de leur clichés sont deux grands maîtres du septième art!

Voici donc quelques instants de cette semaine au coeur de la capitale du cinéma. A tel point que lors de mon retour à Paris jeudi matin, les rues me semblaient désertes et silencieuses, d'un calme provincial... La foule, les caméras et l'effusion avaient disparu.
Si le festival est ennivrant, le retour à la vie normale est quant à lui, très brutal.

mercredi 7 mai 2008

Agnus dei




Derrière ce titre énigmatique se cache un film argentin de la réalisatrice Lucia Cedron, dans lequel la petite et la grande Histoire sont étroitement liées. Le film effectue des allers retours constants entre deux périodes mouvementées de l'Histoire argentine. De 1978 à 2002, nous voyons le point de vu de deux femmes sur ces périodes, la mère et la fille. Cette dernière n'a quasiment pas connue son père, assasiné en 1978 et voit vingts-quatre ans plus tard son grand-père être enlevé.

Au début, cette narration a quatre niveaux est perturbante (on se demande souvent qui est qui), mais progressivement ce qui était génant devient la force du film, son moteur. Cela nous permet d'avoir des regards, des souvenirs très différents sur les mêmes événements. Car Guillerma, la fille, est très jeune en 1978 et donc dépassée par les événements.

C'est un film qui demande des efforts, il faut se l'approprier. Mais ces efforts ne seront pas vain. La récompense interviendra, avec une fin ou l'émotion règne sur le film et chez le spectateur.

Certains reprocheront au film d'être trop convenu, mais le fait qu'il soit porté par deux actrices, lui apporte justement cette tendresse et cette sensibilité qui font son caractère.
"Agnus dei", de Lucia Celdron, sortie le 7 mai 2008.

mercredi 16 avril 2008

"Je m'présente, je m'appelle Spaggieri..."



Les années 1970 sont décidément à la mode. Ceux qui les ont vécu, les regrettent et les autres auraient bien aimé y vivre. En tout cas, les gangsters de l'époque fascinent. Après "le dernier gang", "les liens du sang", voici l'adaptation de l' "oeuvre" d'Albert Spaggiari.

Car Spaggiari n'est pas un gangster comme un autre, il n'y a pas que l'argent qui l'interesse. Non, lui veut être une vedette, être adulé par son public et faire la couverture de Paris Match.

C'est plutôt réussi, car 19 ans après sa mort, l'acteur Jean Paul Rouve passe à la réalisation pour raconter ses aventures.

Spaggiari est en quelques sortes l'ancêtre de Jerome Kerviel. Tous les deux volent pour se faire remarquer, pour échapper à leur vie qu'ils jugent trop banale pour eux.

L'ancien robin des bois incarne également ce gangster haut en couleur, avec panache. Il en fait un personnage plein de contradictions. A la fois odieux et généreux, classe et ridicule, raciste et sympathique.

Il est entouré du toujours très bon Gilles Lellouche (à quand en tête d'affiche??) et d'Alice Taglioni, qui use de sa plastique pour ce rôle de belle plante.

Comme le dit le titre, il n'y a ni arme, ni violence dans ce film. Alors ne vous attendez pas à des courses poursuites sanglantes, il n'y en a pas. Ici, c'est plus la personnalité extravagante de Spaggiari qui est mis en lumière. Ca tombe bien, pour celui qui révait d'être sous les projecteurs, de faire des tubes et que ça tourne bien.

Rouve réussi correctement ses débuts en tant que réalisateur, il faut dire qu'il était bien entouré (Christophe Offenstein en directeur de photographie). Le ton est léger et le rythme fluide, malgré quelques temps morts. Dans la vague des films 70's, "sans arme..." est sans doute le moins abouti, très loin derrière les superbes "liens du sang".

Et au final, ce premier film, se révéle être un bon diverstissement, agréable à regarder. Ni plus, ni moins.


"Sans arme, ni haine, ni violence", de Jean Paul Rouve, au cinéma depuis le 16 avril 2008.