mercredi 3 septembre 2008

la possibilité d'un film ?


Sortez les tambours et les trompettes ! L'événement de la rentrée est parmis nous : Michel Houellebecq fait du cinéma ! Il a en effet décidé de porter lui même à l'écran son roman "la possibilité d'une île"... J'entends déjà l'inquiétude des uns et l'impatience des autres : comment est Magimel ? qu'est-ce que cela donne visuellement ?? Ressent-on la patte Houellebecq ???

Vous l'aurez compris, je suis plutôt fan de l'écrivain et c'est donc avec beaucoup d'excitation que j'attendais cette adaptation.... Ce qui n'a fait qu'augmenter ma déception !

Car autant être franc : non, le film n'est pas à la hauteur des espérances qu'il pouvait succiter. Il n'apporte rien au livre (au contraire) et réduit considérablement sa portée. Surtout la partie sociologique (l'étude des relations humaines, de leur frustration, leur déchéance...), qui est quand même centrale dans son oeuvre, n'est ici que très peu abordée.

Il préfère concentrer son récit sur l'errance solitaire et poétique du clone de Daniel, à la recherche de ses semblables. Alors on voit Benoit Magimel (qui décidement m'épate par ses choix de film !) marcher dans le désert accompagné de son chien, avec de temps en temps une voix-off explicative et une musique grandiloquente... Vous me direz, pour faire ça était-ce vraiment la peine de réaliser un film ?

Et en effet, plus le film avance et plus on se pose la question. Car une fois passée les premières minutes d'admiration enfantine ("wouah tu te rends compte, c'est Houellebecq qui filme !"), on se dit que cette adaptation est plus un gadget qu'autre chose.
Un gadget qui permet toutefois aux fans de l'écrivain d'aller à sa rencontre, à ceux qui le déteste d'aiguiser leur couteau et au principal intéressé d'ajouter la mention réalisateur à sa carte de visite...

Mouais, j'aurai préféré un livre.

"La possibilité d'une île", de Michel Houellebecq, sortie le 10 septembre 2008.

mercredi 4 juin 2008

L'amour en Suède


Premier film réalisé par Roy Andersson, il y a presque quarante ans, "A Swedish Love Story" sort pour la première fois sur les écrans français.

Nous sommes en 1969, dans la campagne suédoise. C'est l'été, les filles portent des juppes et les garçons la cravate. Ils ont la chevelure blonde et les yeux bleus qui brillent à la lumière blanche du soleil. Puis la lumière passe au rouge, lorsque les vinyles crépitent dans un garage, à l'heure de la boum. Ils sont jeunes, ils sont imberbes, mais elles se maquillent, comme des femmes et ils fument, comme des hommes.

La caméra s'attarde sur les jambes des jeunes filles, tout comme le regard de Pär. Il n'est pas question ici du genou de Claire, mais de celui de la belle Annica (jouée par Ann-Sofie Kylin); au visage si bouleversant de pureté et d'expressivité, que tous les bonheurs et tous les malheurs du monde semblent s'y trouver.

Car dans ce film au silence de cathédrale (les acteurs y chuchotent), où les seuls passages bruyants sont dûs aux moteurs diesels, des breaks Volvo et aux adultes qui expriment leurs douleurs, l'histoire d'amour de ces deux adolescents est une bulle qui les protègent du mal-être extérieur. En effet, chez les adultes l'humeur n'est pas à douceur. Certains ont des problèmes d'argent, d'autres de solitudes, mais tous sont mélancoliques.

La musique, elle, rajoute de l'universalité à cette histoire suédoise, entre grâce et gravité.

Elle pleure, un chewing-gum à la bouche, son make-up coule et l'attend comme si sa vie en dépendait. Il arrive, chevauchant sa moto, avec son cuir et sa fureur de vivre.

C'est beau, c'est délicat, c'est suédois.


"A Sweedish Love Story", de Roy Andersson, sortie le 4 juin 2008.

lundi 26 mai 2008

7 jours à cannes


Ca y est, c'est terminé! Hier s'est achevé le 61e festival de Cannes avec la cérémonie de cloture et la remise des récompenses. La France est à l'honneur de ce palmares avec notamment la palme d'or qui est revenue, à la surprise générale, au film de Laurent Cantet "Entre les murs".

J'ai vécu le festival de Cannes pour la première fois et ce pendant septs jours, du 14 au 21 Mai. Septs jours d'intense émotion, de magie et de frustrations, de pluie et de beau temps. Bref, une semaine en immersion totale dans le petit monde du cinéma.

Le festival, ne débute pas sur la Croisette, mais dans le train. Cinq heures de trajet, pour se mettre dans l'ambiance. Car en ce mercredi 14 Mai, un seul sujet de conversation était admis dans le TGV Paris-Cannes : le cinéma. Il suffisait de se rendre au wagon-bar pour s'en rendre compte. Dans la file d'attente un journaliste d'Europe1 prenait rendez-vous pour une interview devant moi, alors que derrière se trouvait une brésilienne qui a produit le film surprenant qui fera l'ouverture du festival, "Blindness".

Ce qui frappe le plus, une fois arrivé à Cannes c'est de voir le nombre de nationalités représentées parmi les journalistes. Mais cela ne fait rien si tout le monde ne parle pas la même langue, car sur toutes les lèvres il n'y a qu'un seul sujet : le cinéma, toujours le cinéma! Et il en sera ainsi pendant toute la durée du festival ou la croisette vie quasiment en autarcie. Car si tous les regards sont tournés vers elle, ce qui se passent ailleurs n'a plus guère d'importance. Comme le dirait François Truffaut, "le cinéma régne".

Pendant une semaine, j'ai pu assisté à une quinzaine de projections et à de grands moments de cinéma. Très tôt d'ailleurs, car dès jeudi, le film choc de la sélection était projeté: "Hunger" de Steve McQuenn (caméra d'or). Un film traitant, sans concession, de la détention des membres de l'IRA en Irlande du Nord, dans des conditions abominables. Un premier film d'une radicalité impressionnante, dans la mise en scène de la violence physique et psychologique.

Il y a eu d'autres grands moment, comme l'hommage rendu au cinéaste centenaire Manuel de Oliveira, en présence de Michel Piccoli, Sean Penn et Clint Eastwood. Ou la présentation du nouveau film de Marco Tullio Giordana, "Une histoire italienne", qui signe une nouvelle fois une oeuvre au souffle historique et intime. Toute l'équipe était présente et a eu droit à une standing ovation enflammée (voir la photo)! Au regard de l'affluence devant les marches de la salle Debussy, on peut dire que le public attendait ce film, il fallait en effet compter plus de deux heures et demi d'attente pour les "pass-cinéphile". La présence de Monica Bellucci dans l'assemblée devait y être pour quelque chose...


Le Festival de Cannes c'est aussi l'occasion de croiser les gens qui nous font rêver. C'est voir Michel Gondry courrir comme un personnage de cartoon jusqu'à son taxi . C'est danser sur la même piste que Lambert Wilson, c'est regarder un film assis à quelques mètres de Maradona, c'est interviewer Emmanuel Mouret tout en devinant la silhouette de Nathalie Baye à quelques mètres de là. C'est surprendre Woody Allen émerveillé par l'affiche qui annonce le retour de Jean Paul Belmondo au cinéma. C'est avoir la chance de féliciter la délicieuse Martina Glusman ("Leonera") ou de débattre avec James Toback sur le remake que Jacques Audiard a fait de son "fingers".
Je pourrai également citer Jean Paul Rouve, Claude Lelouch, Denis Hopper, Adrian Brody, Jean Pierre Daroussin ou encore Melvil Poupaud.
Mais je préfère m'attarder sur une petite anecdote très révélatrice de l'esprit cannois. Vendredi 16 Mai était présenté "Tyson" dans la sélection "Un certain regard". Après sa projection deux personnes s'attardent en bas des marches, il s'agit des réalisateurs Fatih Akin et James Toback. En pleine discussion, ils voient s'avancer vers eux une bande de jeunes gens qui jouent aux stars en bas des marches. Et ils se prennent en photo, ignorant que les deux personnes situées au second plan de leur clichés sont deux grands maîtres du septième art!

Voici donc quelques instants de cette semaine au coeur de la capitale du cinéma. A tel point que lors de mon retour à Paris jeudi matin, les rues me semblaient désertes et silencieuses, d'un calme provincial... La foule, les caméras et l'effusion avaient disparu.
Si le festival est ennivrant, le retour à la vie normale est quant à lui, très brutal.

mercredi 7 mai 2008

Agnus dei




Derrière ce titre énigmatique se cache un film argentin de la réalisatrice Lucia Cedron, dans lequel la petite et la grande Histoire sont étroitement liées. Le film effectue des allers retours constants entre deux périodes mouvementées de l'Histoire argentine. De 1978 à 2002, nous voyons le point de vu de deux femmes sur ces périodes, la mère et la fille. Cette dernière n'a quasiment pas connue son père, assasiné en 1978 et voit vingts-quatre ans plus tard son grand-père être enlevé.

Au début, cette narration a quatre niveaux est perturbante (on se demande souvent qui est qui), mais progressivement ce qui était génant devient la force du film, son moteur. Cela nous permet d'avoir des regards, des souvenirs très différents sur les mêmes événements. Car Guillerma, la fille, est très jeune en 1978 et donc dépassée par les événements.

C'est un film qui demande des efforts, il faut se l'approprier. Mais ces efforts ne seront pas vain. La récompense interviendra, avec une fin ou l'émotion règne sur le film et chez le spectateur.

Certains reprocheront au film d'être trop convenu, mais le fait qu'il soit porté par deux actrices, lui apporte justement cette tendresse et cette sensibilité qui font son caractère.
"Agnus dei", de Lucia Celdron, sortie le 7 mai 2008.

mercredi 16 avril 2008

"Je m'présente, je m'appelle Spaggieri..."



Les années 1970 sont décidément à la mode. Ceux qui les ont vécu, les regrettent et les autres auraient bien aimé y vivre. En tout cas, les gangsters de l'époque fascinent. Après "le dernier gang", "les liens du sang", voici l'adaptation de l' "oeuvre" d'Albert Spaggiari.

Car Spaggiari n'est pas un gangster comme un autre, il n'y a pas que l'argent qui l'interesse. Non, lui veut être une vedette, être adulé par son public et faire la couverture de Paris Match.

C'est plutôt réussi, car 19 ans après sa mort, l'acteur Jean Paul Rouve passe à la réalisation pour raconter ses aventures.

Spaggiari est en quelques sortes l'ancêtre de Jerome Kerviel. Tous les deux volent pour se faire remarquer, pour échapper à leur vie qu'ils jugent trop banale pour eux.

L'ancien robin des bois incarne également ce gangster haut en couleur, avec panache. Il en fait un personnage plein de contradictions. A la fois odieux et généreux, classe et ridicule, raciste et sympathique.

Il est entouré du toujours très bon Gilles Lellouche (à quand en tête d'affiche??) et d'Alice Taglioni, qui use de sa plastique pour ce rôle de belle plante.

Comme le dit le titre, il n'y a ni arme, ni violence dans ce film. Alors ne vous attendez pas à des courses poursuites sanglantes, il n'y en a pas. Ici, c'est plus la personnalité extravagante de Spaggiari qui est mis en lumière. Ca tombe bien, pour celui qui révait d'être sous les projecteurs, de faire des tubes et que ça tourne bien.

Rouve réussi correctement ses débuts en tant que réalisateur, il faut dire qu'il était bien entouré (Christophe Offenstein en directeur de photographie). Le ton est léger et le rythme fluide, malgré quelques temps morts. Dans la vague des films 70's, "sans arme..." est sans doute le moins abouti, très loin derrière les superbes "liens du sang".

Et au final, ce premier film, se révéle être un bon diverstissement, agréable à regarder. Ni plus, ni moins.


"Sans arme, ni haine, ni violence", de Jean Paul Rouve, au cinéma depuis le 16 avril 2008.

mardi 15 avril 2008

l'auberge espagnole



Jean Pierre Pernaut qui réalise un film d'horreur? Vous en aviez rêvé? Ils l'ont fait.

Bon d'accord, j'exagère un peu. Pourtant cette impression m'est apparue à de nombreuses reprises pendant le film.

Déjà, commençons par le commencement? Qu'est-ce que REC? Un film d'horreur espagnol (encore un?), qui bénéficie d'un buzz énorme sur internet, grâce à un teaser efficace (sur le même principe que celui d' "il y a longtemps que je t'aime", oui vous avez bien lu) et à sa présence remarqué dans plusieurs festivals.

Film post-"blair witch project", REC utilise le même principe de la caméra embarquée. Ici c'est une reporter qui film une équipe de pompier de nuit. L'alarme sonne, on court, tout le monde grimpe dans le camion rouge. Et ça dérape, forcément.

Le film se déroule entièrement dans un immeuble au coeur de Barcelone, évidemment l'ambiance est moin conviviale que chez Klapish. Ils sont coincés, ça re-court dans tous les sens, la caméra aussi. C'est bien, ça fait réel. Mais le probléme c'est que le film comporte de nombreuses longueurs, ou il ne se passe pas grand chose (la journaliste qui questionne tous les habitants de l'immeuble: "-alors, votre réaction? -Euh, j'ai envi de dormir, laissez moi rentrer."). Mais ce n'était pas déja le même problème avec "clooverfield"? Si.

Bon, je vous concède que certains passages sont vraiment flippant, surtout le dernier quart d'heure, ou la goutte de sueur est garantie.

Mais au final, ce film d'inspiration "télé réalité" n'apporte rien de nouveau au genre et ne fait que reprendre ce qui a fait le succès du "projet blair witch" et de "28 jours plus tard".

Même si REC reste un film d'horreur honnête, plutôt efficace et qui, de plus, permettra à certains de réviser leur espagnol; il n'est pas le petit bijou annoncé... Dommage.


"REC", de Paco Plaza et Jaume Balaguero, sortie le 23 Avril 2008.

mercredi 9 avril 2008

lady vengeance



Robert Guédiguian, le cinéaste social "made in marseille" s'essaye au film de genre, au polar. Que mon inquiétude fut grande! Surtout lors de la vision de la bande-annonce, me laissant envisager le pire...

Guédiguian n'a pas fait les choses à moitié. Pour raconter cette histoire (celle d'une ancienne bande de voyous, qui se retrouvent lors du kidnapping de l'enfant de l'un des leurs), Daroussin se laisse pousser la moustache, Ariane Ascaride se fait tatouer le bras, il les filme au bord de l'Etang de Berre en plein hiver, un jour de mistral et il signe le tout d'un titre enigmatique, en anglais, "lady jane"..... Ca y est, vous craignez le pire, vous aussi? Vous imaginez le thriller "cheap"?

Eh bien vous avez tort! Car le cinéaste méditerranéen a plutôt réussi son pari!

L'atmosphère est bien là. Tendue, crépusculaire, le style est assez sobre, avec peu de dialogue.
Les codes du genre sont donc suivis à la ligne, avec les accessoires adéquats (le bar à hotesse, les grosses berlines, les discussions alcoolisés, la drogue...)
Les personnages sont mystérieux, sombres, avec un passé douteux et un avenir incertain.

L'histoire tient la route, le suspense nous tient en haleine et l'interprétation est à souligner. Les fidéles soldats de Guédiguian sont au rendez-vous: Ariane Ascaride est crédible dans le rôle de cette mère en détresse, Gérard Meylan est impeccable, ainsi que Jean Pierre Daroussin, formidable, comme toujours.

Finalement, les personnages que filme Guédiguian sont bien les siens, avec leurs failles, leurs déchirements, leurs secrets. Et le réalisateur n'oublie pas de conserver le regard conscient, qu'il porte sur son époque.
"lady jane", de Robert Guédiguian, sortie le 9 avril 2008